L’oeuvre de Pierre Bourdieu en pratiques !
Vous êtes ici : Accueil » Edito » Sport et sciences sociales : le résumé des interventions

Sport et sciences sociales : le résumé des interventions

D 23 avril 2016     H 15:26     A Administrateur     C 0 messages


Les résumés des interventions : à ne pas manquer !

L’association PauSes (www.pauses.net), le laboratoire ITEM & la Fédération de Recherche « Espaces, Frontières, Métissages » de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, présentent

Sports & Sciences sociales, 14ème édition de « L’œuvre de Pierre Bourdieu en pratiques »

Programme et résumés des principales interventions

Mardi 26 avril 2016

  • Le matin, rencontre de lycéen-nes de la série E.S., au lycée Louis Barthou à Pau, avec les sociologues Stéphane Beaud, Olivier Bessy, et l’anthropologue Abel Kouvouama.
  • L’après-midi, conférences-débats, tous publics, animées par Abel Kouvouama, à la Maison Intercommunale de la Culture et de la Science/Médiathèque de Mourenx, 17h30-19h30

« Football - spectacle », avec les sociologues

Stéphane Beaud Le football comme objet de sociologie

Pourquoi le football, le sport le plus populaire dans le monde et en France (Plus de deux millions de licenciés...) est il si peu étudié par les sciences sociales dans notre pays ? L’illégitimité de cet objet d’études mérite examen. Il s’agira dans cette conférence, d’une part, d’étudier les obstacles à la fois pratiques et scientifiques à l’enquête sociologique sur ce sport et, d’autre part, de montrer comment le sociologue et l’historien peuvent mobiliser des sources dormantes (presse nationale, presse régionale, TV, radio, biographies et autobiographies des joueurs, etc.) pour faire œuvre de science.

Olivier Bessy « La surmédiatisation du football : entre rationalité et irrationalité »

L’objectif de mon intervention est de montrer comment le football est aujourd’hui sur-médiatisé, comment il sature l’espace médiatique constitué par les journaux, la télévision et les réseaux sociaux et de tenter une explication de ce phénomène.
La saturation de l’espace public par le spectacle sportif et plus particulièrement le football atteint aujourd’hui des proportions démesurées et inégalées.
Mercredi 14 avril, les informations télévisées (TF1, France 2, BFMTV) consacrent une grande partie de leur temps à trois informations liées au football : la faillite du PSG contre Manchester City, La vente de l’Olympique de Marseille et la non sélection de Benzéma en équipe de France. Comme si l’actualité française tournait autour de ces trois événements, reléguant à la portion congrue des problèmes aussi importants que la crise économique, le chômage, le code du travail ou encore le scandale de la pédophilie et de la religion, sans oublier les questions éducatives et énergétiques.
Comment expliquer ce phénomène ?
- Une analyse rationnelle nous permettra de montrer que le football à l’image du sport, mais de manière encore plus exacerbée, est un fait social total. En effet, il est totalement intégré dans notre société car en interaction systémique avec les facteurs politiques (renforcement idéologique, contrôle des masses….), économiques (enjeu considérable) et socio-culturels (opium du peuple, rêve éveillé, culte du champion, ancrage identitaire, intégration sociale….), ce qui lui confère une place et un rôle particulier dans notre société. Horizon constant d’images, de récits, de références, le sport pénètre désormais toutes les activités, du loisir à la publicité, de la politique d’entreprise à la politique tout court. La justification, par l’image populaire et familiale du football, de régimes dictatoriaux (Argentine 1974), la légitimation de la culture « Black-Blanc-Beur » en France, lors de la Coupe du Monde de 98, comme la présence systématique des différents présidents Français autres rencontres nationales, en sont de bons exemples qui illustrent bien le fort écho symbolique et médiatique du football.
Jean-Marie Brohm exacerbe cette interprétation car selon lui : « Le spectacle sportif apparaît comme une propagande ininterrompue pour l’abrutissement, la vulgarité, la régression intellectuelle et pour finir l’infantilisation des foules solitaires », paraphrasant Riesman. Dans cette logique, il considère les média comme « une machine à décerveler les consciences et à aliéner les masses, qui a colonisé la vie publique et privée des individus intoxiqués par l’opium sportif ».
Pour légitimer son propos, il cite Umberto ECO : « Le sport devient l’ersatz du discours politique et à tel point qu’il devient lui-même le discours politique, un discours qui se présente sous les fausses apparences du discours sur la cité et sur ses finalités, un discours en somme de diversion et de mystification. Il n’est dès lors pas étonnant que le sport devienne instrumentum regni, ce que d’ailleurs il n’a pas cessé d’être au cours des siècles ».
Mais la compréhension du phénomène ne nécessite-t-elle pas aussi d’évoquer le caractère totalement irrationnel du football qui au-delà de ses différentes fonctions, politiques, économiques et socio-culturelles, rassemble des hommes et des femmes de tous âges et de tous horizons sociaux, attirés avant tout par un jeu, un spectacle, des symboles. Dans cette approche, les média surferaient sur cette vague affective du football, considérant les dérives de ce sport comme une simple écume liée aux dysfonctionnements de notre société.
On se demandera en conclusion, quelles responsabilités, ont les acteurs politiques et médiatiques du football dans le rôle joué par ce sport dans notre société et comment le reconsidérer ?

Frédéric Rasera « L’hygiène de vie » des footballeurs professionnels : quand le travail empiète sur la vie privée

A partir d’une enquête ethnographique au sein d’un club de football professionnel, il s’agira ici d’entrer dans les coulisses de la production du spectacle sportif en nous intéressant à une dimension particulière du métier de footballeur : les contraintes professionnelles visant leur « hygiène de vie ». Dans un premier temps, nous montrerons que les footballeurs professionnels se voient imposer par leur employeur des prescriptions écrites et orales les obligeant à avoir une conduite de vie ajustée aux exigences du sport de haut-niveau. Dans un deuxième temps, nous montrerons que de telles contraintes professionnelles qui empiètent sur la vie privée sont fortement banalisées par les footballeurs qui sont particulièrement attentifs à les respecter pour leur propre réussite professionnelle. Dans un troisième temps, nous montrerons que cet enjeu autour de « l’hygiène de vie » des footballeurs professionnels est à l’origine d’un processus de légitimation d’un modèle familial traditionnel ajusté aux exigences du travail footballistique dans lequel les femmes sont renvoyées à un rôle de soutien de leurs conjoints.

Jeudi 28 avril 2016

  • En début d’après-midi, conférences pour des lycéen-nes palois-es, oloronnais-es et montois-es de la série E.S., par

    Philippe Gasteaud, historien du sport & Ingrid Témin, directrice du SUAPS, à l’UPPA ; 14h-16h30. Présentation par Abel Kouvouama. « Les études de sciences et techniques d’activités physiques et sportives : approches sociologique et professionnelle »

  • En fin d’après-midi, présentées par Anne Saouter, conférences-débats pour tous publics, à l’Amphithéâtre de la Présidence, à l’UPPA, 17h30-19h30.

« Le rugby », avec les anthropologues

Julien Clément, A partir de son livre « Cultures physiques. Le rugby de Samoa »

« Je m’intéresse à l’habitus dans son versant corporel, appelé hexis par Bourdieu dans l’Esquisse d’une théorie de la pratique. Le sport, parce qu’il met en jeu des corps dans des règles communes, permet d’étudier les variations culturelles dans l’approche du jeu. Il apparaît donc comme un terrain de mise en pratique de cette notion, que j’ai étudiée à partir du cas du rugby de Samoa. Comment le rugby met-il en jeu un dialogue entre culture locale et logique du jeu ? La question de l’hexis permet d’aborder la question des styles de jeu. »

Sébastien Darbon Sport-s, cultures-s

Cette intervention a pour objet principal l’examen de deux questions qui, pour être différentes, n’en sont pas moins intimement liées : Qu’est-ce que le sport ? En quoi peut-on parler de culture(s) sportive(s) ?
La première question peut paraître ingénue : tout le monde sait ou croit savoir ce qu’est le sport. Pourtant, il s’agit d’un objet tellement complexe et mouvant qu’aucune définition ne parvient à en rendre compte de façon rigoureuse, ce qui conduit les historiens du sport (essentiellement anglo-saxons) à adopter une attitude « laxiste » consistant à considérer comme étant du « sport » toute activité désignée comme telle par tout un chacun. Afin de sortir d’une impasse aussi fâcheuse, je propose d’adopter le point de vue d’une anthropologie historique, qui consiste à prendre la mesure de ce qui s’est produit (grosso modo) dans l’Angleterre du 19e siècle : le remplacement progressif d’un « système des jeux athlétiques » par un « système sportif » qui, non seulement s’est diffusé dans le monde entier, mais encore n’a cessé de se renforcer jusqu’à nos jours. Or, avec le recul historique, on se rend bien compte que ce qui semble avoir constitué une évolution, s’apparente en réalité à une véritable révolution, à un changement de paradigme radical. Il s’agira donc de détailler et d’analyser les différentes formes qu’ont prises ces transformations, leurs conséquences sur nos modes de vie et leur influence sur le travail du chercheur qui s’intéresse, quelle que soit sa discipline, aux pratiques sportives.
La seconde question, abordée par Pierre Bourdieu dans son « Programme pour une sociologie du sport », est moins historique que théorique. Compte tenu de la diversité des pratiques sportives, et notamment de la diversité des rapports au corps qu’elle impliquent (rapport à son propre corps, à celui de ses éventuels co-équipiers et adversaires), il peut paraître raisonnable de considérer qu’il y a à peu près autant de cultures sportives qu’il y a de pratiques différentes – avec bien entendu des zones de recouvrement plus ou moins importantes. Ce qui est proposé ici, c’est de reconsidérer la question des cultures sportives en insistant sur une notion qui est généralement négligée (sans doute parce qu’elle paraît tellement évidente et constitutive de l’objet étudié) : les règles du jeu. Sera ainsi mis en évidence le lien essentiel qui lie règles du jeu, propriétés formelles et cultures sportives. Cette réflexion débouche sur une tentative de mieux comprendre les raisons pour lesquelles tel sport se diffuse (ou peine à se diffuser) dans tel ou tel pays, mettant par exemple en évidence d’éventuelles incompatibilités entre une culture sportive donnée et un certain nombre de traits culturels dominants de la société d’accueil.

Vendredi 29 avril 2016

  • Le matin, rencontre de lycéen-nes de la série E.S. du lycée St-John Perse à Pau avec les anthropologues Julien Clément & Abel Kouvouama.
  • En soirée, conférence-débat pour tous publics à la mairie de Lasseube à 20h30

par l’anthropologue Anne Saouter « Les sports et les femmes » Femmes et sport, le geste de l’imposture

Les femmes sont aujourd’hui présentes dans presque toutes les disciplines sportives. Quelques unes ont même réussi à marquer de leur nom l’histoire du sport, récoltant des médailles ou accédant aux postes de dirigeantes. Ont-elles pour autant acquis définitivement toute légitimité sociale dans l’espace des pratiques sportives ?
Au regard des discriminations dont elles font régulièrement l’objet, il serait malaisé de répondre par l’affirmative sans sérieuses réserves. Car si le champ sportif a indéniablement intégré les femmes, il a corrélativement engendré ses propres outils de contrôle pour perpétuer un modèle préservant le masculin comme référent ultime. Le test de féminité en est un parfait exemple.
Derrière le discours affiché de l’égalité des chances pour atteindre le podium, le sport entretient donc des mécanismes de reproduction, que la société tout entière accompagne : hommes et femmes n’évoluent pas de la même façon dans sa pratique. Autant pour les uns la possibilité d’un parcours sportif se pose comme une évidence, autant pour les autres elle s’interroge toujours en termes de restriction, de contrainte, voire d’anomalie. Rien de vraiment étonnant à cela quand on sait combien les sociétés, d’hier et d’aujourd’hui, d’ici est d’ailleurs, se sont obstinées à différencier les sexes, au-delà d’une biologie discriminante. Les anthropologues ont depuis longtemps décrit comment celles-ci ont cherché à marquer du sceau de la culture les corps sexués. Et sortir des normes s’est toujours traduit par l’apparition de figures négatives (comme les « efféminés » ou les « garçons manqués ») auxquelles est ôté, par la marginalisation, tout pouvoir d’ébranlement du modèle. Parmi ces figures, celle de la sportive est particulièrement illustrative d’une police des corps toujours opérante.

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message